Les terres jaunes

L'oxyde de fer jaune

De la terre de Sienne naturelle au jaune de Mars, les composés du fer sont à l'origine de la couleur de nombreuses terres jaunes. Dans les ocres jaunes naturelles, cette coloration est principalement due à la goethite, un oxyhydroxyde de fer associé à des proportions variables d'argile et d'autres minéraux. Présentes dans de très nombreux gisements à travers le monde, ces terres sont utilisées comme pigments depuis la Préhistoire. [1]

Les terres ferrugineuses comptent ainsi parmi les plus anciens matériaux colorants employés par l'être humain. Les ocres rouges sont particulièrement abondantes dans les vestiges préhistoriques, mais les terres jaunes sont elles aussi attestées très anciennement. Le chauffage d'une ocre jaune riche en goethite provoque sa transformation en hématite et fait évoluer sa couleur vers le rouge ; ce procédé était déjà pratiqué au Paléolithique dans certaines régions. [2] [3]

À la différence des ocres naturelles, le jaune de Mars est un pigment synthétique à base d'oxyde de fer jaune. Permanent et doté d'un fort pouvoir colorant, il peut être employé en petite quantité ou associé à une charge pour en modérer l'intensité. La nature réalise en quelque sorte elle-même ce mélange dans les terres jaunes : le composé ferrique colorant y est associé à de l'argile et à divers constituants minéraux, dont la nature et les proportions contribuent à la variété de leurs nuances.[4]

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L'ocre jaune

Mêlés naturellement à l'argile et à d'autres constituants minéraux (silicates, kaolin), les composés du fer — principalement la goethite — donnent aux ocres jaunes leur coloration caractéristique. Une fois extraite, l'ocre est séparée du minerai qui l'accompagne, puis lavée, décantée, séchée et broyée afin d'obtenir le pigment. [5] L'ocre jaune est sans doute l'un des pigments naturels les plus remarquables par la simplicité de sa composition autant que par ses qualités picturales. Peu coûteuse, stable à la lumière, dotée d'un bon pouvoir colorant et couvrant, elle est compatible avec de nombreux liants traditionnels. [6] Éclaircie avec du blanc, elle donne des tons crème, doux et subtils ; mêlée à d'autres couleurs, elle permet une très grande variété de nuances. Associée au bleu outremer, elle peut notamment produire des verts naturels et rabattus. Son pouvoir colorant invite cependant à l'employer progressivement dans les mélanges, en particulier avec des couleurs plus transparentes.

La France possède une longue histoire d'extraction et de préparation des ocres. Des gisements furent notamment exploités en Bourgogne et dans l'Yonne, où cette activité, ancienne, s'est poursuivie jusqu'au XIXᵉ siècle. [7] Aujourd'hui, la production française est particulièrement associée au Vaucluse, notamment aux gisements de Gargas et à la région d'Apt. L'ocre y est encore extraite, lavée, décantée, séchée et broyée selon un processus industriel directement hérité des techniques traditionnelles. [8]

Les dénominations commerciales témoignent elles aussi de cette histoire et des différents procédés de préparation. La Société des Ocres de France commercialise ainsi une ocre jaune du Vaucluse sous l'appellation JFLES, pour « Jaune Foncé Lavé Extra Supérieur ». Extraite à Gargas, elle est obtenue après séparation, lavage, décantation, séchage et broyage. [9]

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Lévigation de l'ocre

La lévigation est un procédé de séparation par l'eau permettant de débarrasser une terre colorante d'une partie des matières plus grossières qu'elle contient. Délayé dans l'eau, le minerai ocreux se sépare progressivement : les grains de sable, généralement plus grossiers, se déposent rapidement, tandis que les particules fines d'ocre restent plus longtemps en suspension et peuvent être entraînées vers des bassins de décantation. [10]

Ce procédé a longtemps été employé dans l'industrie ocrière. À Gargas, dans le Vaucluse, le minerai était autrefois entraîné par un courant d'eau dans des rigoles : le sable s'y déposait tandis que l'ocre en suspension gagnait les bassins de décantation. Après évacuation de l'eau et séchage, la matière pouvait être broyée afin d'obtenir le pigment. La séparation industrielle est aujourd'hui mécanisée, mais repose toujours sur la séparation de l'ocre et du sable avant décantation et séchage. [11]

À petite échelle, le même principe peut être appliqué à la préparation de terres naturelles : la terre est délayée dans l'eau, laissée brièvement au repos afin que les éléments les plus grossiers se déposent, puis la suspension contenant les particules les plus fines est transvasée. L'opération peut être répétée avant de laisser décanter, sécher puis broyer la matière obtenue.

Ces opérations sont aujourd'hui réalisées de manière maîtrisée par les producteurs de pigments. Leur description est donnée ici avant tout pour comprendre le principe de préparation des ocres.

EXPÉRIENCE — LAVER UNE TERRE NATURELLE

Une méthode décrite par Kevin McCloud dans un ancien ouvrage consacré aux techniques de décoration propose d'expérimenter à petite échelle le principe de la lévigation.

Placez un petit morceau de terre dans un récipient avec environ trois fois son volume d'eau et laissez-le tremper une trentaine de minutes. Après agitation, laissez reposer le mélange quelques instants : les éléments les plus lourds et les particules les plus grossières commencent à se déposer au fond.

Transvasez doucement l'eau chargée des particules les plus fines dans un second récipient, en laissant le dépôt grossier dans le premier. L'opération peut être répétée, avec des temps de repos progressivement plus longs, afin d'affiner la matière récupérée.

Laissez enfin décanter complètement. Une fois l'eau éliminée, la matière fine peut être séchée puis broyée à l'aide d'une molette pour observer le pigment obtenu.

À expérimenter plutôt qu'à considérer comme une recette normalisée : cette méthode est rapportée d'après une référence ancienne consacrée aux techniques de décoration. Elle permet néanmoins d'observer très simplement le principe physique de la lévigation.

Lire le texte consacré à la fabrication "maison" de pigments à partir de terres naturelles.

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Un broyage un peu particulier

Certaines ocres naturelles peuvent contenir des particules minérales particulièrement dures. La présence de quartz, notamment, est attestée dans la composition de certaines ocres jaunes. Ces particules peuvent produire une sensation abrasive lors du broyage et provoquer des rayures sur les outils ou les surfaces de travail. [12]

Cette particularité ne doit cependant pas être considérée comme une propriété systématique de l'ocre jaune. Un pigment correctement préparé doit présenter une finesse adaptée à son usage pictural. Si des grains durs persistent sous la spatule, il peut être utile de vérifier la finesse du pigment ou de procéder à une nouvelle séparation des particules grossières.

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Autres terres jaunes

Les terres jaunes naturelles présentent une grande diversité de nuances et de compositions selon leur origine géographique. Leur coloration provient principalement de composés du fer, associés en proportions variables à des minéraux argileux, de la silice et d'autres constituants.

La terre de Sienne naturelle, également riche en composés du fer, appartient à cette famille de terres colorantes. Ses caractéristiques sont développées dans la page consacrée aux terres de Sienne.

De nombreuses terres jaunes ont été exploitées en France, en Italie et dans d'autres régions du monde. Parmi les appellations historiques figure l'ocre d'Oxford, un pigment jaune autrefois extrait des collines de Shotover, près d'Oxford, en Angleterre. Son exploitation, aujourd'hui abandonnée, témoigne de l'importance passée de certaines productions locales. [13]

La Puisaye, en Bourgogne, possède également une tradition d'exploitation des terres ocreuses et argileuses. Ces matériaux, dont certains doivent leur coloration à la présence d'oxydes de fer, ont trouvé des applications aussi bien dans la préparation de pigments que dans la céramique et les arts du feu. [14]

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Divers

Les ocres jaunes naturelles sont généralement considérées comme des pigments peu toxiques. Toutefois, leur composition minéralogique varie selon les gisements et peut notamment comprendre des particules de quartz. Comme pour toute poudre pigmentaire, il convient d'éviter l'inhalation des poussières, particulièrement lors des manipulations répétées. [15]
Leur bonne stabilité à la lumière et leur compatibilité avec les milieux alcalins permettent leur emploi dans la peinture à fresque ainsi que dans la coloration de matériaux tels que les enduits à la chaux, les badigeons, le ciment, le plâtre et le béton. Leur comportement face aux agents chimiques dépend néanmoins de leur composition et des conditions d'utilisation.

Mélangées à des pigments rouges à base d'oxydes de fer, les terres jaunes permettent d'obtenir différentes nuances orangées, plus ou moins chaudes selon les proportions employées.

Les ocres jaunes trouvent également une application traditionnelle dans la préparation des fonds destinés à la dorure. Leur teinte, proche de celle de l'or, permet d'atténuer visuellement les petites lacunes de la feuille métallique. Dans certaines techniques de dorure, une couche d'ocre jaune précède l'application de l'assiette à dorer, une préparation argileuse qui reçoit ensuite la feuille d'or. [16]

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